L’histoire de la Royal Enfield Bullet – Partie 3

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Lors du dernier article, je t’avais laissé avec Royal Enfield au début des années 90, alors continuons son histoire.

De 1990 à 2002

En 1990, Enfield India signe un accord commercial à des fins stratégiques avec le groupe Eicher. Ce dernier est l’un des acteur majeur de la production de poids lourds et d’engins agricoles en Inde. Puis en 1994, Enfield India fusionne complètement avec le groupe Eicher.

Celui-ci investira au fur et à mesure des années de l’argent pour moderniser la production des Bullet’s. Cette moto ayant gagné le cœur des Indiens au fil des années, elle est devenue un réel symbole de réussite dans son pays. Nous, en tant qu’européens, on n’arrive pas forcément à se l’imaginer mais posséder une Bullet en Inde c’est un peu comme si tu possédais une Porsche chez nous : c’est un véritable symbole de réussite sociale et professionnelle.

A partir de 1995, le groupe Eicher rebaptise Royal Enfield en Royal Enfield Motors en rachetant au passage l’ensemble des droits, propriétés intellectuelles et outillages. De nombreux changements sont opérés en interne sur la gestion, la production mais aussi la force des ventes.

Cependant, la production n’évolue guère durant toutes ces années et il faudra attendre le passage à l’an 2000 pour voir apparaître les premières évolutions. C’est ainsi que l’on verra apparaître à partir de 2002, en parallèles des Bullet’s équipées uniquement du kick, des modèles équipés d’un démarreur électrique. On notera également le choix de la marque de réserver la 350 au marché indien et la 500 pour l’exportation sur l’Europe et les U.S.

2002 – 2006 : La Bullet 500 Sixty 5

En 2002, Royal Enfield retravaille sa Bullet pour entrer sur les marchés Européen et US. Rebaptisée Bullet Sixty 5, elle conservera son moteur fonte mais elle sera équipée d’une boîte 5 vitesses, d’un kick mais aussi et surtout, d’un démarreur électrique.

Pour les puristes, elle reste le modèle de Bullet « moderne » qui se rapproche le plus des Bullet’s des années 50.

Une grosse révolution pour la Bullet qui n’était que jusqu’à ce moment, équipée d’une boîte 4 vitesses et du kick.

2004 – 2008 : La Bullet 500 Electra X

Royal Enfield continue l’évolution de sa Bullet en 2004 (un peu en parallèle de sa Sixty-5 en fonction des pays) en lui greffant le fameux moteur Leanburn avec un nouveau cylindre en aluminium. Le cadre de cette Electra X a été adapté pour intégrer ce moteur un peu plus haut que l’ancien.

Elle s’est vu être équipée d’un carburateur à dépression, d’un allumage électronique, d’une boite 5 vitesses séparée, du démarreur électrique et du kick.

Malheureusement de ce moteur Leanburn, beaucoup ne retiendront que la fragilité de sa roue libre de démarreur.

Autre évolution de ce millésime 2004, l’adoption d’un disque de frein à l’avant. La fourche avant conserve la vis de purge en pied de fourche de la Bullet d’antan.

2008 jusqu’à présent : La Bullet 500 EFI

En 2008, Royal Enfield repart presque d’une feuille blanche pour la conception du moteur de la Bullet. Je dis bien presque et tu vas comprendre pourquoi …

Royal Enfield confie à AVL (un motoriste autrichien) la conception de ce nouveau bloc moteur avec un cahier des charges bien spécifique. Le bloc moteur est désormais un monobloc tout en aluminium intégrant la boîte de vitesses. La distribution est assurée par tiges et culbuteurs avec un système de rattrapage hydraulique afin de limiter les opérations de maintenance sur le moteur, donc fini le réglage du jeu aux soupapes.

Pour l’admission en carburant, fini le carburateur. La Bullet se pare d’un tout nouveau système d’injection pour répondre à la nouvelle norme Euro 3. C’est ainsi qu’on voit apparaître un silencieux catalysé ainsi qu’une sonde lambda sur le premier coude d’échappement. Cette sonde lambda couplée à l’ECU (calculateur d’injection) permettra d’obtenir une combustion plus précise et mieux calibré qu’avec un carburateur pour respecter les normes d’anti-pollution.

Ce modèle de Bullet conservera son frein tambour arrière jusqu’en 2017.

Avec ce nouveau moteur, le bras oscillant est retravaillé et la transmission finale passe de l’autre coté.

En 2009, la Classic vient s’ajouter à la Bullet existante dans la gamme. Cette version reprend le design des Bullet’s des années 30 / 40. Les carters du bas moteur et la culasse sont redessinés complètement.

L’œil expert remarquera l’absence de kick sur cette nouvelle Classic. Pas d’inquiétude, il sera de retour à partir de 2011.

Et une mention spéciale aux modèles Classic’s avec leurs coloris sable ou kaki, véritable clin d’œil aux forces armées ayant été équipées de son illustre ancêtre.

En 2011, Royal Enfield uniformise les moteurs des Bullet’s et des Classic’s en intégrant le même bloc moteur que celui présent sur les Classic’s de 2009. Petit plus, les carters du bas moteur sont légèrement redessinés sur leurs faces intérieures pour ré-intégrer le kick.

En 2017, la nouvelle norme Euro 4 fait son apparition et oblige tous les nouveaux modèles neufs et immatriculés à être dotés d’un système d’injection couplé à un système anti-pollution et de freins à disques équipés d’ABS.

A cet effet, Royal Enfield intègre ces modifications sur sa Bullet et sa Classic. On voit alors apparaître un frein à disque arrière de 240 mm à la place du tambour ainsi que l’ABS.

Le système d’injection est revu partiellement et complété de composants dont ils ne disposaient pas jusqu’alors : un capteur de température dans la boîte à air et un système d’injection d’air au niveau des gaz d’échappements pour abaisser les émissions polluantes sur les hautes températures. Le silencieux catalysé évolue également.

Le modèle Euro 4 voit son bras oscillant gagner en épaisseur tandis que la tension de chaîne s’effectue désormais par un système d’axes vissés de chaque coté aux extrémités du bras oscillant.

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De toutes ces évolutions, la Bullet conserve son système d’axe de roue arrière démontable en 2 parties permettant de démonter la roue sans avoir à toucher à la chaîne et à ses réglages.

Sur le plan esthétique, on retrouve l’uniformisation jusque dans les gardes boues avant qui deviennent identiques entre la Bullet et la Classic.

Et une Bullet Euro 4 ça vaut quoi au quotidien ?

Avant d’aller plus loin, il faut déjà comprendre que la Bullet n’est pas une machine néo-rétro mais bien une ancienne modernisée au fil du temps. Une moto néo-rétro c’est une moto qui va reprendre le style et les codes d’une époque mais avec toutes les nouvelles technologies embarquées. Il s’agit donc d’une moto nouvellement développée et conçue pour correspondre à une tendance.

La Bullet c’est vraiment tout l’inverse, c’est une ancienne qui a évolué au fur et à mesure des années et sur laquelle on va retrouver un bon nombre de choses de l’époque mais aussi des nouveautés.

Ceux qui ont l’habitude de cotoyer des anciens modèles connaissent les « petits trucs » à faire sur ce type de machine. Cependant, et malgré le fait d’avoir intégré l’injection et l’ABS, certaines choses n’ont pas réellement changées et cela pour notre plus grand plaisir !

La Bullet, comme toutes les anglaises de son époque, est une moto vivante et donc qui vibre … et parfois même beaucoup. Au démarrage avant de partir, il faut toujours veiller à ce que le moteur soit à bonne température auquel cas tu auras des vibrations gênantes à moyen et haut régime. Il faut garder à l’esprit que si le moteur a évolué en partie, il n’a pas été équipé de balancier d’équilibrage pour réduire les vibrations. Le seul moyen de ne pas avoir des vibrations trop désagréables reste donc de ne pas malmener le moteur en y prêtant une attention particulière en roulant. D’ailleurs, on a pas de compte-tours donc il faudra apprendre à rouler à l’oreille comme à l’époque.

La boite 5 rapports qui équipe la Bullet tire relativement court et pour pouvoir profiter vraiment de ce moteur il va falloir jouer par moment un peu de la boite de vitesses pour rester dans la bonne plage de régime. Les moteurs typés « longue course » comme celui de la Bullet détestent les sous-régimes et les trop hauts régimes donc il faut toujours veiller à rester le plus possible dans la bonne plage. Une utilisation prolongée hors de cette plage de régime va le faire vibrer, le faire chauffer excessivement et à terme, l’user prématurément.

Pour un usage quotidien, il faudra oublier l’autoroute. La vitesse de croisière se situe dans les 90 km/h, au dessus le moteur n’appréciera pas forcément le traitement tout comme tes cervicales. La position sur la moto reste très droite et confortable, tout comme l’assise (mention spéciale pour la Classic avec sa selle montée sur ressorts). Cependant, l’ensemble phare et compteur n’offre absolument aucune protection contre le vent. Avec une position n’incitant pas du tout à l’attaque et une roue avant de 19 pouces n’aidant guère, la Bullet n’appréciera pas les changements d’angles trop rapides. Très clairement cette moto est vraiment à l’aise sur les petites routes de campagne calée à une vitesse comprise entre 70 et 85 km/h. En ville, il faudra jouer pas mal de la boite de vitesses et de l’embrayage pour rester dans la bonne plage de régime et éviter au maximum les sous-régimes.

En ce qui concerne le freinage, on est bien loin de la puissance et du mordant d’une moto moderne, et cela malgré la présence d’un frein à disque à l’avant et à l’arrière. L’ABS n’est pas tout intrusif, bien au contraire, il va vraiment falloir se retrouver en situation de gros freinage d’urgence pour sentir l’ABS se déclencher. Dans l’ensemble, le freinage est suffisant pour la Bullet mais l’anticipation reste de mise … encore une fois comme à l’époque.

Rouler en Bullet c’est accepter de rouler avec une machine différente du paysage moto actuel. Les regards et la sympathie des passants te conforteront dans l’image que reflète cette moto dans son paysage.

Alors une Bullet pour le quotidien ça le fait ou pas du tout ? Ça dépend du motard (ou de la motarde) et de son utilisation.

Pour l’utilisation, cette moto se roule comme une ancienne donc il faut garder à l’esprit que tu ne feras jamais ce que tu peux faire avec une moto moderne.

Pour le motard, si c’est un habitué des vieilles anglaises, il trouvera son bonheur avec tant elle lui paraitra « fiable ». Elle démarrera tous les matins sans problème même par les temps les plus humides et il aura toujours l’impression de chevaucher une ancienne avec tout de même une pointe de modernité. De plus, il aura toujours le loisir de mettre les mains dedans car il lui faudra un entretien régulièrement suivi qu’il pourra faire lui même. Il faut compter une révision complète tous les 4000 km (au lieu des 6000 km préconisés) ainsi qu’un resserrage général car avec les vibrations pas mal de choses se desserrent. Petit bonus pour les bricoleurs, il y a toujours un truc à faire ou à améliorer sur cette moto !

Pour le motard lambda ? Pourquoi-pas ! A conditions de respecter ces quelques conditions :

  • accepter de devoir se faire un rodage à l’ancienne à 50 km/h sur les 500 premiers kilomètres
  • prendre le temps de la faire chauffer avant de partir
  • éviter l’autoroute
  • éviter les sous régimes et les hauts régimes
  • accepter de plafonner à 90 km/h
  • accepter parfois de devoir renoncer à doubler sur route par manque de puissance
  • accepter que même modifiée elle ne sera jamais un avion
  • accepter que l’entretien doit être suivi de manière plus continu et plus régulière que sur une moto moderne

Si la moindre de ces conditions peut te poser problème alors c’est qu’elle n’est pas faite pour toi. Quand on voit le nombre de Bullet’s à vendre sur net avec même pas 3000 km au compteur, on comprend vite que l’acheteur de départ s’est totalement trompé lors de son achat et qu’il n’était pas prêt à faire toutes ces concessions. D’autant qu’un moteur de ce type commence vraiment à s’apprécier à partir de 5000 km, kilométrage où le moteur se trouve complètement rodé.

Tout comme les anciennes, elles ont leurs contraintes mais elles ont moins de problèmes grâce aux différentes modifications qui ont été apportées et qui permettent d’avoir aujourd’hui une machine généralement fiable. Imagine toi t’acheter une vieille anglaise et faire toutes les modifications nécessaires pour la fiabiliser ? Cette Bullet Euro 4 concentre ces 2 choses en elle même : le charme de l’ancienne et la fiabilité.

Une chose est sûre, la Bullet n’a pas perdu son identité au fil des années et cela malgré toutes les modifications qui lui ont été apportées. Sa présence sur le marché actuel de la moto est une sacré aubaine pour celui ou celle qui souhaite s’essayer à une machine qui propose style et conduite d’époque. Une aubaine, qui au final, ne laisse pas les motards indifférent y compris les puristes de la moto d’antan.

Crédits images / photos :

Royalenfield.com

Hitchcocksmotorcycles.com