L’histoire du Café Racer – Partie 4

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Avec le dernier article, nous étions resté sur les préparations qui ont fait les grandes heures de l’industrie motocycliste britannique durant les années 50/60.

Après avoir évoqué les Mod’s, les Rocker’s et les motos il est temps de s’attaquer au lifestyle des Rocker’s durant ce mouvement. Dans l’histoire du Café Racer, ce sont souvent les mêmes choses qui reviennent en permanence mais on ne parle pas specialement de tout ce qu’il y avait tout autour de la moto et des Rocker’s.

Comme on a pu le voir dans le premier article, les Rocker’s comme les Mod’s avaient chacun leurs petites habitudes quand il s’agissait de sortir ou de se rassembler plus généralement.

Si les Mod’s préfèrent fréquenter les club de jazz / rythm & blues comme par exemple le Flamingo de Londres où ils peuvent y danser et se retrouver, les Rocker’s, de leurs cotés, vont fréquenter essentiellement des cafés et des bars.

L’Ace Café de Londres

L’un des plus connus est forcément l’Ace Café de Londres. Quel motard aujourd’hui n’a jamais entendu parler de ce lieu mythique ? Honnêtement ? Si au départ rien ne prédestinait cet endroit à devenir le lieu de rencontre de toute une génération de motard, son destin fût toute autre grâce au mouvement du Café Racer. Situé sur un grand axe, dans la banlieue du Nord-Ouest de Londres, non loin de Wembley, il n’était ni plus ni moins qu’un « routier » avec un petit garage et des pompes à essence jusqu’en 1949. Année pendant laquelle il sera entièrement rénové suite aux nombreux dégâts causés sur le bâti durant la Seconde Guerre Mondiale.

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L’Ace Café de Londres fut, dans les années 60, l’un des grand point de ralliement des Rocker’s et un des lieu mythique de la culture Café Racer.

A partir des années 50, l’Ace Café deviendra l’un des haut lieu de la moto en Grande-Bretagne. Le rock ayant été interdit sur les ondes radios britanniques car jugé trop violent pour les jeunes par le gouvernement, il n’était donc possible que de pouvoir en écouter dans les cafés et les bars disposant de jukebox. Forcément c’est dans aucun autre endroit que nous aurions pu retrouver des Rocker’s. L’autre avantage de l’Ace Café est sa position par rapport au grand axe qui le dessert permettant alors aux Rocker’s de pouvoir s’envoyer des runs à moto après avoir pu se faire une partie de baby-foot et bu quelques cafés.

Et c’est là que je vais toucher une question essentielle à propos de ce mouvement : pourquoi a-t-il été appelé « Café Racer » ? Lors d’une rencontre entre Rocker’s à l’Ace Café ou ailleurs, il n’était pas rare que l’un d’entre eux eu l’envie de se mesurer à d’autres avec sa moto nouvellement modifiée. Et le meilleur moyen de tester cela, c’était la course. Mais cette course était chronométré par … le jukebox. Une pièce était balancé dans le jukebox et le lancement de la musique donnait le départ de la course. Celui qui arrivait au point de départ avant la fin de la musique gagnait la course et se voyait décerner le titre de « Ton Up Boys ». « Ton » signifiant 100 en anglais en référence à la vitesse de 100 mph soit 160 km/h.

L’Ace Café fermera ses portes en 1969 suite à la disparition du mouvement Café Racer mais aussi suite à l’évolution de l’endroit où il est placé, à savoir, une zone industrielle. Il réouvrira ses portes en 1997 sous l’impulsion de Mark Wilsmore qui racheta le lieu dans les années 90 pour y faire des cérémonies commémoratives de ces belles années jusqu’alors.

Si l’Ace Café est le plus connu d’entre eux, de nombreux autres petits cafés ont été des lieux de concentration pour les Rocker’s. On en parle peu car forcément plus petits ou plus discrets mais ils ont existés.

Le Club 59 de Londres

Un autre haut lieu de la moto grandement fréquenté par les Rocker’s fut le Club 59 fondé en 1962 par un pasteur nommé Bill Shergold. Ce dernier, motard au départ par nécessité puis par passion, a voulu rassembler les motards londoniens via la création du Club 59.

Le « Father Bill » au guidon de sa Triumph « Bathtube » devant l’Ace Café.

Les Rocker’s ayant été rejetés par la société anglaise de l’époque, Bill Shergold eu l’idée de vouloir rassembler ces motards via le Club 59 pour partager sa passion mais également pour redonner une image positive de cette jeunesse – à titre injuste – détestée.

La première rencontre entre les Rocker’s et Bill Shergold eu lieu à … l’Ace Café évidemment. Et autant dire que le pasteur n’en menait pas large avant de rencontrer ces « hooligans » vu la publicité que la presse leur avait faite. Et même si l’objet de la rencontre tournait autour de la moto, il ne faut pas oublier que le pasteur prêchait quand même pour sa paroisse. Son intention suivante était de faire une messe speciale pour les motards afin de faire de la pub pour son club. En parlant de pub, l’événement était tellement médiatisé que même la BBC et ITV se sont déplacés pour y assister. Cette messe motarde fut un succès total. Pour pousser la mise en scène à son extrême, Bill Shergold eu l’idée de placer des motos dans l’église pour symboliser l’offrande de leurs personnes et de leurs motos à Dieu.

La première messe motarde organisée par Bill Shergold pour faire la promotion du club 59 de Londres. Un coup de pub réussi !

Même si la pensée religieuse a laissé sa place à la passion pure pour la moto, le Club 59 est toujours en activité au jour d’aujourd’hui à travers plusieurs pays en Europe et rassemble toujours des milliers de motards.

La mode du Café Racer aujourd’hui

Si le mouvement du Café Racer initial s’est éteint vers la fin des années 60, une mode du même nom est apparue il y a environs 10 ans avec l’avènement de la moto néo-rétro et la vague du vintage. Même si dans les codes, on retrouve certaines caractéristiques des motos de l’époque, l’esprit n’est plus là. Les bases des Café-Racer’s actuelles ne sont plus seulement british mais on retrouve de la japonaise, de l’italienne et même de la chinoise. Ce mouvement aura cependant eu le mérite de remettre sur le devant de la scène les préparations mythiques de l’époque sur base de motos anglaises.

Mais alors quel est l’avenir de cette mode du Café Racer où même les constructeurs s’y engouffrent encore et toujours plus ? Comme toutes les modes, celle-ci finira par passer pour laisser sa place à une autre. Mais aussi peut être finira-t-elle par réapparaître un jour car après tout, la mode tout comme l’histoire, n’est qu’un éternel recommencement.

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