L’histoire des records du monde de NSU – Partie 3

Si la première partie de l’article a été consacrée à l’historique des records de NSU, aux pilotes ainsi qu’à la préparation, la seconde partie était, quant à elle, purement consacrée aux motos des records. Cette troisième et dernière partie va enfin clore l’histoire avec le déroulement des records effectués par NSU entre le 30 juillet et le 06 août 1956 sur le lac salé de Bonneville dans l’Utah aux Etats-Unis.

La classification des records

Les records abattus par NSU sont répertoriés dans 6 catégories bien distinctes, elles-mêmes subdivisées par cylindrée. On y retrouve donc dans ces 6 catégories : 

  • le 1 km départ lancé (D.L.)
  • le 1 mile départ lancé (D.L.)
  • le 5 km départ lancé (D.L.)
  • le 5 miles départ lancé (D.L.) 
  • le 10 km départ arrêté (D.A.)
  • le 10 miles départ arrêté (D.A.)

Et chaque catégorie ci-dessus est donc encore subdivisée avec les cylindrées suivantes :

  • 50 cm3
  • 75 cm3
  • 100 cm3
  • 125 cm3
  • 175 cm3
  • 250 cm3
  • 350 cm3
  • 500 cm3
  • 750 cm3
  • 1000 cm3

La réglementation des records ayant évoluée depuis avec un record abattu pour une cylindrée en particulier, en 1956 un record abattu dans une catégorie avec une cylindrée peut encore compter pour d’autres records dans cette même catégorie avec des cylindrées différentes. Par exemple, un record abattu en 500 cm3 sur le 1 mile départ lancé peut également compter pour cette même catégorie en cylindrée 750 et 1000 cm3. Ainsi, pour que le record soit validé, il faut que chaque tentative soit réalisée 2 fois avec un passage dans chaque sens et cela dans un délai de 1 heure maximum. Le temps alors retenu est la moyenne des 2 temps effectués sur chaque sens. 

Cela laisse donc à NSU presque une soixantaine de records à abattre et cela leur permet également de pouvoir démontrer leur savoir-faire en matière de vitesse. 

Le déroulement des records

La Bonneville Speedway Association, en charge de gérer l’attribution des surfaces du lac salé de Bonneville et qui s’occupe de son entretien, a mis à disposition pour NSU plusieurs pistes sur la période du 25 juillet au 10 août 1956 afin de pouvoir réaliser ses différentes tentatives. En outre, NSU avait à sa disposition :

  • Une ligne droite longue de 21,5 km
  • Une piste circulaire longue de 10 km
  • Une seconde piste circulaire longue de 16,5 km

Dans le calendrier de NSU, la période du 26 au 29 juillet est réservée essentiellement aux essais pour peaufiner les réglages des motos. Et ce ne sera qu’entre le 30 juillet et le 6 août que l’ensemble des tentatives se déroulera sur toutes les catégories.

A partir du mois d’août 1956, les résultats des tentatives de NSU commencent à tomber et sont diffusés via la presse écrite à travers le monde.

Les Baumm’s type II, en version 50 cm3 2 temps et 125 cm3 4 temps ont pu établir sans encombre particulière les records pour les catégories 50 et 75 cm3 pour l’une et 125 / 175 / 250 et même 350 cm3 – sur les 10 km et les 10 miles D.A. – pour l’autre.

La fameuse Baumm type II équipée du moteur 50 cm3 à 4 temps avec distributeur rotatif ne pu malheureusement prendre le départ, faute de n’avoir son système de montage dans la carrosserie prêt à temps.

La tentative avec la Baumm type IV, connut quelques péripéties. Équipée du moteur 250 cm3 de la Rennmax, l’engin s’est renversé à l’incroyable vitesse de 300 km/h au cours d’un des essais. Wilhelm Herz en ressort indemne mais la carrosserie de la Baumm type IV est totalement inutilisable. 

Wilhelm Herz aux cotés d’une Baumm qui a atteint les limites de l’aérodynamique à plus de 300 km/h, la carrosserie n’a vraisemblablement pas aimé le traitement.

Lors de sa tentative de record, le Delphin III, dans sa version 350 cm3, alors qu’il atteignait la vitesse de 313 km/h, fut emporté par un méchant coup de vent. Celui-ci finira sa course dans l’un des postes électriques du système de chronométrage. Par chance, NSU pu refaire sa tentative avec un troisième passage et le résultat fut surprenant. 

Pour le Delphin III dans sa version 500 cm3, le record ne s’est pas aussi bien passé que prévu malgré un résultat final exceptionnel. W. Herz a dû composer avec un carénage et un chronomètre quelque peu capricieux. Le carénage, dont la partie supérieure devait se refermer sur le pilote au moment du départ, ne tenait pas en place et s’ouvrait avec la vitesse sur le trajet. Le staff de NSU décida donc de laisser le carénage ouvert avec la tête et les épaules du pilote dépassant de celui-ci.

Le Delphin III avec la partie supérieure du carénage supprimée.

L’ouverture du cockpit du Delphin III ayant fait grimper le coefficient de traînée Cx de 0,15 à 0,18, l’inquiétude était à son plus haut niveau du côté des ingénieurs notamment lorsqu’on sait qu’ils ont passé des heures en soufflerie à peaufiner la partie aérodynamique. Concernant le chronomètre, ce dernier ne pris pas en compte le passage sur le retour. Néanmoins, W. Herz pu refaire un troisième passage. Un stress supplémentaire que NSU et W. Herz auraient sans aucun doute bien voulu éviter. 

Wilhelm Herz qui s’élance pour abattre le record de vitesse au guidon du NSU Delphin III.

En s’élançant sur ce troisième et dernier passage, W. Herz devient l’homme le plus rapide du monde en abattant non loin de 12 records. Et cela, en atteignant la vitesse maximum de 339 km/h sur le 1 mile départ lancé tout en incluant les classes 500 / 750 et 1000 cm3. 

Les résultats des records

Ce ne seront pas moins de 54 records que NSU a réussi à établir lors de ces sessions. Un chiffre ahurissant et qui démontre la détermination de la marque à vouloir s’imposer face à la concurrence.

Le tableau récapitulatif de l’ensemble des records de vitesse de NSU de 1956. Sous les vitesses des records sont indiquées la marque, l’année et la vitesse de l’ancien record. 

Suite à ces différentes victoires, NSU détient alors 70 records de vitesse mondiaux en solo ainsi que de nombreux autres records en side-cars. Mais pour NSU, le goût de la victoire ne sera que de courte durée car les records abattus dans les catégories 500 / 750 et 1000 cm3 seront abattus le mois suivant par Johnny Allen au guidon d’une Triumph T 110 650 cm3  de série préparée et carénée. Il abattra le record sur le miles lancé à la vitesse de 345,05 km/h et le record sur kilomètre lancé à 344,67 km/h en pulvérisant son propre record établi l’année précédente à 311 km/h au guidon d’une Triumph T110 de 650 cc, et cela sans compresseur.

Malheureusement pour Johnny Allen et heureusement pour NSU, le mauvais sort s’abat encore sur lui et la FIM – Fédération Internationale Motocycliste – n’homologue pas le record. Si l’année précédente, le système de chronométrage n’était pas certifié, cette fois c’est plutôt le règlement qui n’aurait pas été respecté à la lettre. Finalement, les records de NSU dans ces 3 catégories ne seront battus qu’en 1962 avec Bill Johnson et sa Triumph 650. 

Malgré tout cela, NSU ne conservera que peu longtemps ses records dans les catégories 50 / 75 et 100 cm3 car le 7 novembre de cette même année 1956, les italiens de la marque Demm et leurs 2 pilotes que sont Fausto Pasini et Franco Mauri, les pulvériseront sur l’autodrome de Monza. Les 2 pilotes décrochèrent, à eux 2, au total 20 records mondiaux dans ces catégories.

La Demm, 49 cm3 de cylindrée et un fuselage qui lui vaudra le surnom de «  fusée volante ». Elle arrachera des mains de NSU, les records en catégories 50 / 75 et 100 cm3 .

Rocambolesque certes, mais tellement passionnante, la conquête de la vitesse ultime a déchaîné les passions à toutes les échelles, du motard lambda jusqu’à ses plus fervents défenseurs. A l’instar de ces protagonistes, elle aura mis en avant de nombreuses évolutions dans tous les domaines liés à la moto en faisant évoluer les façons de faire et les visions de ce qui était connu du grand public. Une conquête, sans commune mesure, mais dans laquelle seule celle de la vitesse ultime compte.  

Écrit par BrG.

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